Dieu a bien plus besoin de nous

Mardi 5 janvier 2016, par Willem Kuypers // Méditations

Dieu a bien plus besoin de nous que nous n’avons besoin de Lui. Nous sommes tout pour Dieu. Dieu n’est rien sans nous. (...)
Rien de plus païen que la réponse du catéchisme « Dieu a créé le monde pour sa gloire. » L’égoïste infini qui ramène tout à Lui ! Mais sa gloire est d’aimer : Il a créé le monde pour montrer jusqu’où Il savait aimer, souffrir, espérer en nous.
Rien de plus païen que le début des Exercices de Saint Ignace : « L’homme a été créé pour louer, aimer et servir Dieu, et par ce moyen (!), sauver son âme. » Vous représentez-vous un père qui a des enfants pour le louer et le servir ? Mettrez-vous des enfants au monde pour vous louer et vous servir ? Eh bien, je vous promets bien du plaisir ! Vous en verrez de dures, avec nos jeunes contemporains.
Evidemment, c’est le contraire : on engendre des enfants pour les aimer et les servir si bien qu’un jour ils soient capables d’aimer et de servir comme vous. Et attention : pas de vous aimer ou de vous servir : d’aimer et de servir les autres, de devenir père et mère à leur tour. Alors vous avez vraiment exercé et communiqué votre paternité. Si vous éleviez des enfants pour vous-même, vous nieriez votre paternité en l’exerçant : vos enfants deviendraient vos parents, vos bienfaiteurs.
Mais en voulant qu’ils deviennent père et mère à leur tour, vous répandez votre paternité à l’infini à travers le monde. Croyez-vous que Dieu soit moins bon que vous ? Quel besoin incoercible avons-nous de Le re- paganiser sans cesse en tyran et en profiteur ! Dieu a créé l’homme pour aimer et servir cet homme si bien qu’il devienne capable d’aimer et de servir ses frères. Que l’homme devienne père, que l’homme devienne amour, que l’homme devienne Dieu ! Dieu a créé le monde pour y déchaîner un courant d’amour qui gagne de proche en proche et aille jusqu’aux extrémités de l’univers.
Dieu se manifeste bien mieux à travers toi si Dieu, en toi, aime tes frères, que si Dieu en toi s’aime Lui- même.
La joie du Père est de s’être si bien communiqué à ses fils que ceux-ci s’aiment de son amour.
La piété est toujours tentée de croire que l’amour filial ne s’exprime et ne s’achève que dans un retour exprès vers le Père, dans une invocation et un mouvement distincts du simple amour fraternel. Mais c’est méconnaître l’unité des deux commandements.
Comment croire que le Père ne sera satisfait que si, à un certain moment, l’amour qu’Il nous a appris se retourne vers Lui seul ? Serons-nous plus « du Père » en pensant explicitement à Lui, ou en nous livrant tout entier au mouvement d’amour qu’Il nous imprime ?
Est-ce que l’amour pour le Père ne s’exprime pas totalement en aimant le prochain avec l’amour même du Père ? Faut-il s’arrêter un moment d’aimer l’autre pour L’aimer bien, Lui ?

P.-S.

« La Prière d’un homme moderne » de Louis Evely (Seuil 1969)